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    Book Cover

    De la ville au moulin: (French)

    Series: French

    EXTRAIT: (De la ville au moulin) Pour la seconde fois, j'ouvris les yeux sans reconnaître l'endroit où je me trouvais couchée. Où donc était notre chambre d'enfant, avec sa fenêtre grillagée, ses murs tapissés de papier à grosses fleurs, et sa cheminée tout encombrée de photographies ? Ici c'était une longue salle aux murs blancs, où s'alignaient deux rangées de petits lits et où s'ouvraient de ha

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    VOLUME

    French

    Paperback

    EXTRAIT: (De la ville au moulin) Pour la seconde fois, j'ouvris les yeux sans reconnaître l'endroit où je me trouvais couchée. Où donc était notre chambre d'enfant, avec sa fenêtre grillagée, ses murs tapissés de papier à grosses fleurs, et sa cheminée tout encombrée de photographies ? Ici c'était une longue salle aux murs blancs, où s'alignaient deux rangées de petits lits et où s'ouvraient de hautes et larges fenêtres laissant voir de grands carrés de ciel bleu. J'abaissai de nouveau les paupières, espérant que tout cela disparaîtrait et que j'allais me retrouver chez mes parents, dans la pièce un peu sombre où étaient les lits de mes frères et soeurs, et dans tous les coins, entassés pêle-mêle, des jouets de toutes sortes et de toute couleur. Pour m'assurer que j'étais bien éveillée, je cherchai à reconnaître les bruits. Il ne s'en faisait guère. Seul, un peu en arrière de moi, un homme parlait à voix basse, et malgré toute mon attention, il me fut impossible de distinguer la moindre de ses paroles. Je comprenais pourtant, à la façon dont il appuyait sur les mots qu'il donnait des indications précises, et faisait des recommandations très importantes. Lorsqu'il se tut, une autre voix se fit entendre. Celle-là ! je la reconnus aussitôt quoiqu'elle fût plus assourdie encore. C'était mon cher papa qui parlait, et dans ma joie de le savoir là, je fis un brusque mouvement pour me tourner vers lui, mais au même instant, je ressentis dans la hanche une douleur qui m'arracha un cri aigu et m'obligea de rester immobile. La souffrance qui réveillait si brutalement mon corps réveillait avec la même brutalité ma mémoire. Toute la clarté de la salle sembla entrer d'un coup dans mon cerveau pour mieux éclairer l'épouvantable scène qui avait eu lieu chez nous quelques heures plus tôt. Je revis mon père les deux poings levés, et ma mère dressée en face de lui comme la plus méchante des femmes. Je revis mon frère, le doux Firmin, pâle et comme pétrifié, tendant vers eux ses mains frêles. Je revis Angèle, ma soeur, agenouillée et demandant du secours à Dieu, et j'entendis les cris terrifiés de Nicole et Nicolas, les deux jumeaux. Puis je me revis moi-même lancée entre mes parents pour les séparer, et je crus sentir de nouveau le choc qui m'avait jetée à terre ainsi que le poids énorme de deux créatures en furie que ma chute avait entraînées et qui s'étaient abattues ensemble sur moi. De ce qui s'était passé ensuite je ne savais rien. Je me souvenais seulement des cahots du fiacre qui m'avait amenée à l'hôpital, et de la question directe du médecin au vieux cocher: C'est votre voiture qui lui a passé sur le corps ? Le même médecin, penché à présent sur moi me demandait:About the Author: Marguerite Audoux (1863-1937) est une romancière française, connue pour le succès et l'influence de son roman Marie-Claire. Marguerite Donquichote naît à Sancoins, dans le Cher, le 7 juillet 1863. À l'âge de trois ans, elle perd sa mère, et son père abandonne ses deux filles. Marguerite et Madeleine (l'aînée), d'abord confiées à une tante, passent neuf années à l'orphelinat de l'Hôpital général de Bourges. De 1877 à 1881, Marguerite est placée, en tant que bergère d'agneaux et servante de ferme, en Sologne à Sainte-Montaine, près d'Aubigny-sur-Nère. Les deux dernières années de cette période sont marquées par la rencontre d'Henri Dejoulx, avec qui la jeune fille vit un amour payé de retour, mais auquel la famille d'Henri, par peur d'une mésalliance, met un terme. L'orpheline s'établit alors à Paris, où elle vit des années noires en exerçant le métier de couturière. Le chômage la contraint de faire d'autres travaux pénibles, à la Cartoucherie de Vincennes et dans la buanderie de l'Hôpital Laennec. Pendant ces années de misère, en 1883, elle a un enfant qui ne survit pas, et dont l'accouchement pénible lui vaut une stérilité définitive.



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